INTERVIEW

Extrait de l'interview de Saad Jones pour le magazine Metallian de janvier 2020 :

Comment s'est construit le personnage de Saad Jones ? Est-il le fruit d'un long cheminement intérieur et d'expériences ou s'est-il imposé à toi, comme une évidence ? 


S(a)ad Jones est un personnage qui s’est construit en parallèle de ma découverte de l’écriture. Au fur et à mesure que mon premier roman VIOLENT INSTINCT prenait forme, il s’est imposé à moi que je devais me présenter en tant qu’écrivain sous une forme plus élégante que l’homme que je suis, et cela en cohérence avec le message humaniste que je souhaite faire passer dans mes romans. La tenue sobre et le masque noir et or sont apparus comme des attributs qui correspondent avec ce que je veux exprimer en tant qu’artiste.   
Ce personnage n’est ni une extension de moi-même, ni un double malfaisant, mais un outil qui me permet de me débarrasser de mes contraintes physiques et de me concentrer sur l’essentiel, en particulier quand mes lecteurs viennent me rencontrer en chair et en masque.
Dans mes romans, je cherche à comprendre les différents aspects de l’être humain, sa relation avec le bien et le mal, et ces petites étincelles qui le font basculer d’un côté comme de l’autre. Mon masque à deux couleurs reflète cette dualité, qui par ailleurs est très évidente chez les metalleux. Pour la plupart, ils sont, comme moi, pacifistes et non-violent, et pourtant ils apprécient (encore comme moi) des musiques d’une brutalité extrême.   
 
Quelle relation entretiens-tu avec l'univers Metal ?

Quelles sont tes influences ?


Le Metal occupe une part prépondérante dans ma vie. Depuis plus de 25 ans, j’écoute du Metal, je joue du Metal, je vais aux concerts et aux festivals en France ou dans les pays où je réside. Avec l’âge, mes goûts en matière de Metal ont évolué, mais c’est une musique qui offre une telle variété qu’il est possible de trouver un morceau de Metal pour chacune des humeurs de sa journée. Quand j’ai le trac avant une séance de dédicace, j’aime un bon Slipknot ou un Avatar. En travaillant, du Black Metal ou du Doom font souvent l’affaire… En voiture du Thrash Metal… Cette musique nous offre tellement de choix, d’ambiances et de tempos différents qu’elle peut remplir la vie.
 
Le Metal comme trame de fonds pourrait limiter ton lectorat aux metalleux : en quelques mots, comment présenterais-tu tes écrits aux non-initiés à la musique Metal et à son univers ? 


Je ne serais pas inquiet si mon lectorat se limitait aux metalleux, car je me sens bien plus à l’aise dans les festivals Metal que dans les salons du livre. Cependant, à ma grande surprise, mon lectorat n’est pas uniquement composé de « metalleux ». Certains de mes lecteurs n’ont d’ailleurs jamais écouté de Metal, ou n’ont jamais été plus loin que « Nothing else matters » de Metallica.
Si on enlève les couches de cuir, les clous de fer et les décibels, les thèmes développés par les groupes de Metal sont universels : la peur de la mort, le mal être, la violence, les injustices de nos sociétés, nos besoins spirituels, et même l’écologie…
Dans mes romans, il est possible de passer à côté des références Metal, et pourtant ressentir les mêmes émotions que mes personnages, qui sont pourtant des metalleux.
 
L'écriture vient compléter ta palette créative. Ton mode de vie d'"itinérant" (tu voyages beaucoup) semble t'avoir mis sur la voie de l'écriture. Mais suffit-elle à combler tes élans artistiques ? 


J’ai découvert l’écriture très tardivement et elle m’offre une liberté incroyable. En quelques mots sur une feuille, n’importe où dans le monde, il m’est possible de décrire n’importe quel paysage, de traduire n’importe quel sentiment, et de raconter n’importe quelle émotion. C’est un outil de création fantastique, et aujourd’hui écrire est devenu indispensable à mon équilibre d’artiste. Je peins encore un peu pour le plaisir, frappe encore ma batterie pour me libérer mon corps de son stress, mais quand la nuit tombe, je reviens toujours vers ma plume.
J’essaierai peut-être un jour de mêler peinture et écriture, mais ma vie d’aujourd’hui ne m’en laisse pas le temps. J’ai la chance de travailler avec le talentueux artiste photographe Colin Du Mont pour « assouvir » mes élans artistiques du point de vue « graphique ».  
 
Peux-tu nous présenter Violent Instinct et Red Roots en quelques mots ? Quel est le fil conducteur entre ces 2 romans ?


Ces deux romans sont avant tout centrés sur quelques personnages, dont certains seront présents dans tous les épisodes de ce qui sera une trilogie.
VIOLENT INSTINCT raconte l’histoire d’un groupe de Death Metal anglais qui connait une gloire aussi fulgurante qu’inattendue. L’histoire se construit autour de trois personnages formant un triptyque metallique : le chanteur du groupe : l’être perdu dans ses plaisirs et qui soudain reprend conscience ; le guitariste/leader du groupe, « l’ambitieux », qui vendrait père et mère pour connaitre le succès ; et la die-hard fan, le « croyant », qui ruine sa vie pour ses idoles. L’équilibre de ce triptyque est fragile et explose un jour en raison d’évènements dramatiques se déroulant lors de l’un des concerts du groupe.
Je ne peux pas encore trop révéler de choses sur RED ROOTS, mais ce nouveau roman, dont l’action se déroule entre l’ile de Madagascar et la Norvège, est la suite de VIOLENT INSTINCT.
 
Qu'écoutes-tu et lis-tu en ce moment ? 


En ce moment, je me délecte des nouveaux albums de Pénitence Onirique et Cult of Luna, mais je suis également en redécouverte de Judas Priest, d’Iron Maiden et des groupes de la NWOBHM pour inspirer mon troisième roman.
En termes de littérature, je viens de terminer les excellents romans d’autres écrivains « metalleux » tels que Valérie Stein et Philippe Saijd, et je relis Mémoires d’Outre-tombe de Chateaubriand. Avec Albert Camus, Chateaubriand fait partie de mes auteurs préférés.
 
Une question qui ne t'a jamais été posée et à laquelle tu souhaiterais répondre ? 


Lors de la promotion de VIOLENT INSTINCT, j’ai rencontré plusieurs centaines de personnes, y compris des journalistes, et nos conversations ont été d’une richesse et d’une variété incroyable. Comme je propose aux lecteurs qui viennent me rencontrer un « espace » de rencontre très « particulier » (nous discutons à travers un système audio car je refuse que ma voix soit rendue publique ou même enregistrée), nous avons abordé une multitude de sujets (même les plus intimes) et il m’a été posé un nombre incroyable de questions différentes.
J’aime être surpris ; aux journalistes et à mes lecteurs de me surprendre par leurs questions. A moi de les surprendre par mes écrits.
 
Quelle bande son proposerais-tu pour accompagner la lecture de Red Roots ? 


Je laisse le soin à mes lecteurs de choisir leur bande son pour lire, car chacun a ses habitudes, mais les titres des chapitres de mes romans correspondent à des titres de morceaux de Metal (mis à part le second chapitre de RED ROOTS) qui peuvent leur donner quelques indications sur les ambiances que j’ai tenté de développer au cours du chapitre. Il est possible d’accompagner sa lecture par ces titres, mais je dois prévenir mes lecteurs : la playlist de RED ROOTS est très Black Metal !

 


 

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